Le Quatuor made in USA  (2/4)

Le Quatuor made in USA  (2/4)

Poursuivons notre regard sur la création contemporaine américaine à travers un second volet consacré aux compositeur·ice·s de quatuor à cordes. Comme précédemment, il ne s’agit pas de dresser un panorama exhaustif, mais de partir à la découverte de quelques artistes dont les œuvres témoignent de la vitalité, de la diversité et de l’inventivité de cette scène musicale.

II. Personnalités singulières et militantes

Brian Raphaël Nabors, né à Birmingham (Alabama), est le fils d’un pasteur et musicien d’église. Après avoir renoncé à une carrière d’architecte, il se consacre pleinement à la musique et obtient un doctorat en arts musicaux, ainsi qu’un master en composition à l’Université de Cincinnati. Nourri par le jazz, le funk et les fanfares noires, il développe un langage personnel où se rencontrent des univers sonores très différents. Pour lui, la composition est avant tout une forme de méditation et de résilience, inspirée par la mémoire, les lieux et la spiritualité. Il enseigne aujourd’hui la composition à la Louisiana State University School of Music. Son quatuor à cordes, d’une texture singulière et d’une énergie saisissante, a été créé le 25 octobre 2024 par le quatuor Poiesis à l’Université de Cincinnati.

Depuis le succès de son quatuor Many Many Many Cadences, enregistré par le Spektral Quartet sur l’album Serious Business, récompensé par un Grammy Award, Sky Macklay s’est imposée comme l’une des voix les plus originales de sa génération. Originaire du Minnesota et installée à Baltimore, elle est hautboïste, compositrice et artiste d’installation. Diplômée de l’Université Columbia et de l’Université de Memphis, elle enseigne aujourd’hui la composition à l’Université Johns Hopkins. Dans Many Many Many Cadences, elle joue avec les attentes de l’auditeur en déconstruisant les cadences traditionnelles, dont les fragments, sans cesse déplacés et transformés, finissent par engendrer de nouvelles formes et de nouveaux objets sonores.

Chris Lippincott, qui vit à Nashville dans l’état du Tennessee, est un compositeur multi-instrumentiste qui dévoile son obsession grandissante pour l’écriture des cordes, notamment dans son dernier album « Angel in a Jetstream ». Les pistes de cet enregistrement ont été capturées en une fois par un quatuor emmené par la violoniste Alicia Enstrom. Le titre aurait été inspiré par la vision d’une sculpture de Salvatore Dali observée en Italie : Angel of Triumph. Lippincott façonne des paysages sonores où la lutte rencontre la grâce, où l’effort cède la place à une forme d’abandon dans une harmonie luxuriante teintée de spiritualité. L’enregistrement sur disque vinyl – très à la mode aux States – est sorti en mai 2026.

Louée par le New York Times pour la finesse de son écriture, la musique de chambre de Michael Ippolito est régulièrement interprétée par des ensembles tels que les quatuors Miro, Attacca ou Tesla. Élève de John Corigliano à la Juilliard School, il est aujourd’hui professeur associé de composition à la Texas State University. Son parcours a été distingué par plusieurs récompenses, dont une bourse Charles Ives de l’American Academy of Arts and Letters et des prix de la Juilliard School et de l’ASCAP. Parmi ses œuvres pour quatuor à cordes figurent notamment le Troisième Quatuor (Songlines), retenu par le Tesla Quartet à l’issue d’un appel à partitions, et Smoke Rings, récemment interprété par le quatuor Attacca.

La musique de Max Vinetz se situe à la croisée de l’improvisation, des musiques populaires et de la tradition classique. Saluée par Chicago Classical pour son écriture « accomplie et attrayante », voire « scintillante et euphorique », elle lui a valu de nombreuses distinctions, dont le Beekman Cannon Friends Prize, une commande de la Fondation Fromm, la Commission Koussevitzky de la Bibliothèque du Congrès et une bourse Charles Ives de l’American Academy of Arts and Letters. Chargé de cours au département de musique de l’Université de Princeton, Winetz a vu plusieurs de ses quatuors créés et enregistrés par le JACK Quartet, avant d’être repris par d’autres ensembles de premier plan, notamment le quatuor Attacca.

Nous terminerons ce deuxième volet par la compositrice Gabriella Smith, californienne militante pour la préservation de la nature, dont le New York Times affirme qu’elle « dégage de l’inventivité, une énergie vibrante incroyable et des torrents de joie » ! Elle a grandi dans la région de la Baie de San Francisco en jouant et en écrivant de la musique, en pratiquant la randonnée et en accomplissant du bénévolat pour un projet de recherche sur les oiseaux chanteurs ! Avec « Carrott Revolution », interprété et enregistré par Aizuri Quartet dans son album Blueprinting, également récompensé d’un Grammy Award, on découvre des sensations musicales vibrantes qui résultent d’une recherche intense de formules inspirées par l’observation d’une nature qu’elle entend protéger.