À l’approche de ses 25 ans, notre asbl éprouve le besoin de se retourner sur l’histoire des Voix intimes. L’idée ? Porter un regard rétrospectif, analytique et critique sur une programmation qui s’est construite, saison après saison, dans un équilibre délicat entre exigence musicale, fidélité au répertoire et souci de renouvellement.
L’analyse de nos 24 premières saisons permet aujourd’hui de faire émerger les grandes lignes d’un récit. Une histoire faite de continuités affirmées – un attachement profond aux œuvres fondatrices de la musique de chambre – mais aussi de transformations assumées : ouverture progressive aux répertoires modernes et contemporains, attention croissante portée à la création vivante, prise de conscience des enjeux de représentation et d’inclusivité, tant du côté des compositeur·rices que des interprètes.
Les chiffres ne disent pas tout ; d’aucuns parmi nous pensent d’ailleurs qu’on peut leur faire dire tout… et surtout n’importe quoi. Mais ils révèlent des dynamiques sous-jacentes, parfois largement inconscientes. Ils mettent en lumière certaines inflexions sur le temps long, les angles morts de l’exercice de direction artistique. Ils témoignent aussi d’une identité tout sauf figée : celle d’un organisme vivant, enraciné dans les grandes traditions de la musique de chambre, mais attentif aux mutations esthétiques, aux voix nouvelles comme à celles qui ont longtemps été invisibilisées.
À travers cette série « Les Voix Intimes en chiffres », le festival vous propose une lecture transversale de son parcours. Six volets pour explorer, chiffres à l’appui, ce que ces 24 premières saisons ont à raconter.
Avec 311 interprétations d’œuvres réparties sur l’ensemble des saisons, le festival Les Voix Intimes s’inscrit avant tout dans une relation privilégiée avec le grand répertoire. Cette fidélité n’est pas tant une posture que le socle sur lequel se sont construites la réputation et l’identité artistique du festival.

Le répertoire classique occupe ainsi une place centrale avec 95 prestations, dominées par les figures fondatrices du genre : Beethoven, Haydn, Mozart puis Schubert, mais aussi des voix aujourd’hui moins systématiquement programmées comme Arriaga, Sirmen ou Boccherini. Cette constance confirme un attachement durable à l’architecture formelle, à l’équilibre et à la clarté expressive qui constituent l’ADN historique du quatuor à cordes.
Dans le prolongement naturel de cet héritage, le répertoire romantique et postromantique, envisagé ici comme un continuum esthétique, totalise 92 prestations. De Mendelssohn à Grieg, en passant par Schumann, Brahms, Tchaïkovski ou Dvořák, ses grands représentants ont consacré l’élargissement du langage expressif du quatuor. À cette constellation s’ajoutent des figures charnières (Franck, Chausson, Fauré, Zemlinsky, Nielsen ou Szymanowski), plus ponctuellement jouées, qui annoncent les bouleversements du XXe siècle.
Le répertoire moderne (76 prestations) occupe lui aussi une place significative. Il dessine une cartographie esthétique particulièrement dense, où se croisent traditions nationales et avant-gardes contrastées : la modernité française (Debussy, Ravel, Tailleferre, Milhaud), les écoles d’Europe centrale (Bartók, Janáček, Berg, Webern), les grandes figures du XXe siècle (Stravinsky, Prokofiev, Britten), mais aussi des voix longtemps restées en marge du canon, aujourd’hui réévaluées – nous en reparlerons.
Enfin, le répertoire contemporain, avec 48 prestations, occupe une place de plus en plus structurante dans la programmation des Voix Intimes. D’abord relativement marginale, sa présence s’est en particulier intensifiée au cours des dix dernières années. Sans rompre l’équilibre global du projet, cette orientation atteste la volonté du festival d’élargir ses horizons et de faire dialoguer patrimoine et création vivante. Une préoccupation qui s’est notamment traduite par une politique de commande d’œuvres (Bacri, Bartholomée, Hus) et par la programmation de nombreuses créations sur la scène belge (Hosokawa, Widmann, Kellogg, Boisgallais, Grange, Verunelli, etc.) : autant d’événements qui ont inscrit Les Voix Intimes dans le temps présent de la musique.

À suivre: