Jeunes talents en vue…

Jeunes talents en vue…

Du 10 au 18 janvier, la Cité de la Musique (Paris) accueillait pour la douzième fois sa Biennale de quatuors à cordes, le rendez-vous des meilleurs ensembles actuels et des passionnés du genre.

Saluons la présence des quatuors Ébène, Belcea, Hagen (qui fera bientôt ses adieux à la scène), Casals, Arod, Jérusalem… sans oublier le Pavel Haas Quartet et le Tana Quartet, attendus au prochain Festival Les Voix intimes.

Une audition internationale de jeunes quatuors à cordes était organisée en marge de l’événement. Véritable vitrine des conservatoires et des filières de spécialisation professionnelle, cette journée aura permis au public et au comité artistique de découvrir pas moins de 10 jeunes quatuors sélectionnés parmi une cinquantaine de candidats.

Vu la relative brièveté de chaque prestation, on a le sentiment d’assister aux éliminatoires d’un concours de quatuor à cordes, sans toutefois les règles de protocole ni les œuvres imposées.

Chaque groupe présente un programme libre d’environ 25 minutes, de Haydn à Takemitsu, en passant par quelques raretés intéressantes, comme le quatuor de Jean Cras et le premier quatuor de Hans Gal.

Samedi 17 janvier 2026, 10h. Amphithéâtre de la Cité de la Musique.

L’Animato Kwartet ouvre la séance. Cet ensemble hollandais a remporté un prix spécial au concours international de musique de chambre Joseph Joachim (2022) et le premier prix du concours international de la Irene Steels-Wilsing Foundation (2025). Les musiciens jouent debout face à leur tablette et dévoilent une grande cohésion et une palette de sonorités variées, que ce soit dans le magnifique mouvement d’introduction du 1er quatuor de Benjamin Britten ou dans le troisième mouvement du 1er de Bélà Bartók.

Le programme du Cong Quartet est partagé entre des extraits des quatuors de Debussy et Dvorák (l’Américain) et deux pièces de musique asiatique dont l’une d’essence populaire et l’autre de facture libre contemporaine (Chen Gang et Adrian Wong).

Avec le Novo Quartet – qui joue également debout – on entre dans une autre sphère d’interprétation. Le parcours de cet ensemble est impressionnant, puisqu’il a obtenu les plus belles récompenses aux concours de Genève, Heidelberg, Nielsen et Trondheim, et qu’il se targue de donner pas moins de 70 concerts par an. Une belle cohésion et un bel équilibre des voix animent les musiciens tant dans les deux mouvements du quatuor opus 54 n°2 de Joseph Haydn que dans l’Allegro non troppo convulsif du 3ème quatuor de Dmitri Chostakovitch. Les soli s’enchaînent avec beaucoup de conviction et de rigueur. Pour conclure, le NOVO a choisi un extrait du quatuor De ma vie de Bedrich Smetana, dans lequel les interprètes expriment tout le parfum de nostalgie slave d’un compositeur surpris par la surdité.

C’est ensuite au tour du Quartet Kairi, un ensemble d’origine japonaise qui réside à Salzbourg, de venir présenter l’Allegro initial du quatuor opus 74/1 de Haydn. On remarque d’emblée la belle cohésion d’ensemble et la généreuse vigueur du premier violon. Après la pièce Landscape de leur compatriote Tôru Takemitsu, techniquement bien maîtrisée, les musiciens terminent leur audition par quelques extraits du quatuor opus 13 de Félix Mendelssohn. Ici encore, la machine est bien rodée, la palette des intensités très large.

La séance du matin s’achève avec le Quatuor Våren, qui réunit des amis toulousains dont le parcours en quatuor est jalonné de distinctions (premier prix du concours FNAPEC, deuxième prix au concours Premio Giangrandi-Eggmann et troisième prix du concours international de musique de chambre de Lyon). Au premier mouvement du quatuor de Debussy succède le mouvement lent du quatuor de Jean Cras, d’une émouvante profondeur (quoi de plus normal pour un marin à la tête d’un torpilleur durant la Première Guerre mondiale!). C’est sans doute l’une des singularités de cette journée : offrir au public des œuvres que les grandes formations ne programment pas, coincées entre les habitudes d’un public peu curieux de nature et celles d’organisateurs qui ne souhaitent prendre aucun risque ! Le deuxième violon prend la place du premier dans l’Allegro molto capriccioso du 2ème quatuor de Bélà Bartók, comme cela se fait de plus en plus dans une démocratie de quatuor.

La journée se poursuit avec la prestation de l’excellent Javus Quartett, jeune formation installée à Salzbourg et formée auprès des quartettistes Lukas Hagen, Johannes Meissl et Gregor Sigl. Le quatuor suit actuellement une formation à Vienne et Berlin tout en menant un début de carrière déjà bien chargé. Les musiciens ont choisi de faire entendre deux mouvements du quatuor Lever du Soleil opus 74/4 de Haydn. La surprise est totale avec les deux magnifiques mouvements extraits du quatuor n°1 de Hans Gál, compositeur autrichien méconnu, obligé de fuir en Grande-Bretagne à l’arrivée au pouvoir des Nazis. La richesse des modulations et la construction élaborée de cette œuvre mériterait de figurer aux côtés des quatuors de Paul Hindemith, de Karl Weigl ou encore d’Alexander von Zemlinsky.

Le nom Arete Quartet s’inspire du mot grec excellence… De fait, Le palmarès de ce jeune quatuor sud-coréen est déjà exceptionnel : vainqueur du concours de Printemps de Prague, premier prix au concours Mozart de Salzbourg et au concours de musique de chambre de Lyon, deuxième prix à Banff et troisième prix à Bordeaux ! Après quelques extraits remarqués de l’opus 41/1 de Robert Schumann, qui dévoilent une magnifique complicité et une précision de jeu sans failles, les musiciens ont choisi deux mouvements du quatuor n°1 Sonate à Kreutzer de Léos Janacek, qu’ils défendent avec beaucoup de vigueur et un jeu de contrastes saisissants.

Arete

Presque tous vêtus de blanc, les membres du Turicum Quartet entrent en scène avec l’Allegro spirituoso de l’opus 64/2 de Haydn, suivi de deux mouvements du premier quatuor de Karol Szymanowski. Le quatuor conclut sa prestation avec trois extraits des Cinq pièces pour quatuor du compositeur tchèque Erwin Schulhoff, dont la célèbre Tarentelle diabolique.

Le Quartett Hana étudie auprès du Quatuor Ébène, de Günter Pichler, d’Eberhard Feltz, d’Oliver Wille (Kuss Quartett), de Gerhard Schulz et du Quatuor Voce ! Il a été reçu depuis comme ensemble en résidence chez Proquartet pour une durée de deux ans. L’altiste joue dans une configuration tchèque qui positionne l’instrument à l’extérieur droit, face au premier violon. Ils ont choisi deux mouvements, l’un rapide, tiré de l’opus 106 de Dvorák, l’autre lent, le fameux Andante con moto extrait du quatuor n°14 La Jeune Fille et la Mort de Schubert.

Cette journée d’audition passionnante se termine par la prestation remarquée du Fibonacci Quartet, un ensemble formé à la Guildhall School of Music and Drama de Londres qui alterne le poste du premier violon ! Premier prix et Prix du public au Premio Paolo Borciani (2024), ce quatuor cosmopolite (deux Anglais, une Belge et un Tchèque) embrasse une carrière déjà bien remplie et se démarque des autres ensembles par des arrangements personnels de pièces non classiques, voire empruntées au jazz ou au folklore local, tout en sollicitant le grand répertoire. Aujourd’hui, le programme réunit quelques chants populaires moraves arrangés par le quatuor et l’intégralité du deuxième quatuor Lettres Intimes de Léos Janacek.

Dominique Huybrechts, directeur artistique du Festival de quatuor Les Voix intimes